6 juillet 2009

Voilà plus de 6 mois que ce gouvernement est en place. Les tirades contre la coupable prodigalité du précédent gouvernement (effectivement condamnable, mais avait il le choix n’ayant pas de majorité parlementaire, vu la pression exercée par le parlement pour augmenter les dépenses…) perdent en vigueur, l’actuel gouvernement ayant désormais le temps de faire ses preuves… et que voit on?
Le gouvernement a annoncé pompeusement la disparation de divers impôts et taxes «coutant plus cher à percevoir qu’ils ne rapportaient», mais à l’usage il s’est avéré qu’il s’agissait juste de fusions de taxes… et que le gouvernement a profité de l’occasion pour augmenter sensiblement le montant des taxes, augmentant ainsi la pression fiscale, en contradiction avec l’annonce initiale…
Sujet édifiant sur la manière dont, selon la journal Gandul, les autorités «miment» une lutte anti-crise, concernant la recapitalisation de la banque Publique CEC, visant à relancer le crédit à l’économie ; en début de semaine le président déclarait «le gouvernement devrait agir et ne plus attendre la réponse des bureaucrates de Bruxelles sur la recapitalisation de CEC». Le premier ministre avait indiqué pour sa part «nous avons fait la demande en février. Nous sommes au premier juillet et nous n’avons pas encore reçu de réponse». Réponse du porte parole de la DG concurrence de la commission : «Les autorités roumaines ne nous ont pas encore informé du fait qu’elles souhaitent re-capitaliser la banque CEC… la commission a découvert seule ce fait et ses services… ont été ceux qui ont contacté à la mi mars les autorités roumaines pour cela, et non l’inverse…»
Mieux, l’institution publique roumaine qui négocie sur ce thème avec la commission, le «Conseil de la Concurrence», a déclaré : «jusqu’à présent les discussions avec la commission ont eu un caractère informel», tandis que la commission précisait que «La qualité des informations transmises par les autorités roumaines est insuffisante pour permettre à la commission d’établir si la recapitalisation de CEC constitue ou non une aide d’Etat…». Les autorités roumaines n’ont en fait pas trouvé de temps pour s’occuper de ce dossier depuis février, ayant visiblement d’autres priorités que la relance de l’économie…
Autre mesure de «réforme» très discutée, la mise en place du paiement partiels par les patients des soins de santé reçus au sein du système public, lequel est au bord bu blocage financier. Le principe est logique, d’autant que très rares sont les pays dans lequel le système d’assurance public couvre l’intégralité des prestations.
Les paiements seraient plafonnés à 600 RON ( 150 Euro) par an. Admettons. Une large partie de la population ( retraités recevant moins de 700 lei par mois, jeunes de moins de 18 ans, chômeurs, salariés du systèmes public de santé) en seraient exonérés. Re-admettons. Mais 2 points sont tout de même très troublants…
Suite à un accident, j’ai constaté récemment qu’il n’est pas possible de payer dans certains hôpitaux publics,… faute de caisses. (donc ½ journée de tribulation d’un proche valide pour arriver à payer…) Cela souligne au passage la faiblesse des revenus directs que ces hôpitaux doivent obtenir, dans un pays ou une large partie de la population ne dispose pas d’assurance médicale mais passons. Le problèmes est que pour faire régler des sommes gigantesques de 10 ron, (une journée d’hospitalisation), voire 1 Ron ( analyses de laboratoire), il va falloir mettre en place tout un nouvel appareil bureaucratique, qui, si tout se passe comme jusqu’à présent, coutera assurément plus cher que ce que rapportera la collecte des sommes prévues. Non qu’il n’existe pas du personnel sous employé au niveau administratif, mais ce personnel étant syndiqué (et ayant sans doute des proches à «caser») il fera tout pour pousser à de nouvelles embauches pour qu’on ne l’empêche plus de faire semblant de travailler…

  • Le deuxième point troublant du projet est que ceux qui payeront une (faible) partie de la valeur des services de santé seront ensuite remboursés grâce à une déduction d’impôts l’année suivante… Passons sur les complexités administratives que cela impliquerait… l’idée générale est claire ; «après nous (et les élections de fin d’année) le déluge…». Les paiements des services ne seraient en effet qu’une sorte de prêt temporaire à l’Etat, pas un revenu supplémentaire, et ceci au prix de nouvelles complexité bureaucratiques… donc soit le gouvernement est irresponsable… soit il est très cynique, en ayant calculé que l’hyper-inflation fera très bientôt son retour (après un inévitable et proche recours à la planche à billets…)

Andreea Vass (conseillère du premier ministre que ses fonctions ne rendent pourtant pas totalement muette) a indiqué le 21 juin que la baisse brutale du déficit du compte courant reflète le fait que l’économie est à l’agonie. En effet le déficit imputable au secteur privé pourrait tomber à 1,5 – 2 milliard d’Euro cette année ( contre 12 l’an dernier, le secteur public, non restructuré, restant aux alentours de 4,5 – 5 milliards d’Euro). Cela traduit le fait que le secteur privé n’achète (en net) quasiment plus rien à l’étranger, et il n’est pas question simplement de véhicules, mais aussi d’investissements, technologies, matières premières, ceci d’autant que les exportations ont, elles aussi fortement chuté…
A mettre en parallèle avec le fait qu’au premier trimestre 2009 la consommation de la population avait baissé de 10,5 %, tandis que celle de l’administration publique, avait, elle, augmenté de 4%…
Et avec 8,4 % du PIB consacrés aux salaires du secteur public, la Roumanie est dans le «top 5» de l’Union Européenne dans ce domaine, triste palmarès vu en plus les performances…
550 000 personnes avaient des retards de plus 30 jours sur le paiement de leurs remboursement, soit encore une croissance de plus de 13 % par rapport au mois précédent (et 128 % sur 12 mois). Cela représente des sommes de 374 millions de dollar, et les provisions que les banques vont devoir passer affecteront forcément leur profitabilité… donc leurs capacités à prêter…
Dans le même temps un rapport de la banque centrale signale que les avoirs de la population ont baissé de 30 % sur 12 mois ( baisse de la valeur des biens, notamment immobilier, et accroissement des dettes.) ce qui limite d’autant «l’effet de richesse» qui a un réel impact sur la consommation…
Sans doute alarmée par les prévisions de baisse du PIB de plus en plus inquiétantes, (certains analystes parlent désormais d’une possible baisse du PIB de 7 % sur 2009…) la banque centrale roumaine a réagi en début de semaine de manière beaucoup plus vigoureuse que ce qu’attendaient les analyses ; nouvelle baisse de son taux de base de 0,5 % à 9 %, (ce qui était attendu), mais aussi baisse sensible du niveau des réserves obligatoires imposées aux banques, de 40 % à 35 % pour les passifs en devises, et 18 à 15 % pour ceux en lei…
Autre point très discutable ; le premier ministre M Boc a déclaré le 1er juillet 2009 que 56 000 sociétés auraient fait faillite si elles n’avaient pas obtenu des délais de paiements concernant leurs obligations vis a vis de l’Etat.
Vu la situation, un ordonnance d’urgence va être émise pour permettre aux sociétés n’ayant pas de dettes vis a vis de l’Etat au 30 septembre ( le début de la crise) de bénéficier d’un délai de grâce de 6 mois pour leurs règlements vers l’Etat. Les pénalités de retard ( 0,1 % par jour), en l’espère très dissuasives, restent dues.
Personnellement ces mesures me semblent très perverses. Au lien de choisir (comme dans la plupart des pays) de stabiliser voire baisser les impôts en rationalisant une administration dont tout le monde reconnaît qu’elle est inefficace et largement en sur-effectifs, le gouvernement a choisi d’augmenter les impôts et taxes. Beaucoup d’entreprises, asphyxiées, ne peuvent plus honorer leurs obligations. On leur propose donc des facilités de paiement. Je suis persuadé que des entreprises qui commencent à ne plus pouvoir honorer leurs obligations sont pour une très large partie condamnées, qu’elles sont maintenues en vie de façon artificielle, d’autant que les pénalités de retard gonflent rapidement leurs dettes. Mais ce maintien en vie a des effets pervers, dans le sens ou cela constitue une concurrence déloyale pour les sociétés qui payent leurs impôts et taxes, qui ont donc des coûts «normaux» (et non des coûts de dumping de sociétés s’enfonçant toujours plus dans le rouge sans qu’on les oblige à sortir du marché…)
Sans parler du surcoût qu’une telle mesure inéquitable, de l’ordre de centaines de millions, laquelle a paru inquiéter le FMI…
Sur le «programme première maison» qui est le leitmotiv actuel du gouvernement ; il faut noter son succès auprès des banques, et les taux bas par rapport aux conditions habituelles qui semblent susciter un réel intérêt de la part de la population.
On remarquera toutefois que l’achat de terrains pour construire n’est pas couvert par ce programme, ce qui renforce les soupçons sur le fait qu’il a surtout été conçu pour aider les proches du pouvoir à écouler les stocks d’appartements invendus du fait de leur refus de baisser les prix à un niveau ou ils trouveraient preneurs… et on regrettera la focalisation excessive du pays sur la construction, laquelle ne crée pas de production/richesse durable, au détriment des activités productives qui peuvent exporter et générer des emplois et des revenus fort utiles, d’autant qu’il faudra rembourser les divers emprunts extérieurs…
Suite aux déclaration du président roumain sur des craintes que les salaires des fonctionnaires ne puissent plus être payés à l’automne, le ministre du travail a indiqué que dans tous les cas le paiement des salaires des fonctionnaires et des retraites était la première priorité, et qu’il «espérait» («j’espère que nous réussirons tout de même à payer régulièrement les salaires, retraites, allocations» ) que ce paiement resterait possible, ce qui montre bien que la relance de l’économie par la construction dans les infrastructures est une illusion, tout l’argent disponible passera dans les dépenses courantes, en espérant que cela suffise (vu l’incapacité du gouvernement actuel a maitriser les dépenses en question…).
Et pourtant les solutions existent, elles sont connues ; la Pologne n’est pas entrée en récession car elle a réduit en début d’année ses dépenses de 4,5 milliards d’Euro en début d’année, en taillant dans les budgets des ministères de l’intérieur et de la défense… ce qui lui a permis de stimuler l’économie privée…
Le président du PSD (ex-communiste), un des deux principaux partis roumains, et candidat à la présidentielle, a demandé l’abandon du principe de impôt à taux unique sous un délai de maximum un an, du fait que les revenus de l’Etat sont insuffisants en raison de la récession. Cette déclaration fait suite à celle d’Andreea Vass, conseillère du premier ministre, qui a indiqué qu’il était possible que certains impôts soient majorés.
A l’inverse, le président du Parti National Libéral Crin Antonescu (placé en 3eme position dans les intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle) demande une baisse de l’impôt unique (actuellement à 16 %) à un taux 10 % (niveau en Bulgarie) et de la TVA à 15 % (contre 19 % aujourd’hui) en contrepartie d’une réduction et rationalisation radicale de l’appareil d’Etat.
Enfin, il faut noter que sur le premier semestre, le budget de l’Etat a enregistré un déficit de 2,7 % du PIB, soit… 0,03 % en dessous de la limite maxi fixée par le FMI… bref un trait de plume… tellement proche que certains trouveront peut être ça suspect…
Pour terminer, voici l’essentiel d’une conversation très intéressante avec la responsable de clientèle entreprises de Millenium Bank Cluj. (dont au passage les rapports avec les clients entrepreneurs m’ont semblé très intéressants, avec une vraie dimension conseil)
D’après elle la situation des entreprises locales est bien meilleure qu’il y a quelques mois ; en mars les entrepreneurs étaient assommés, déprimés, mais aujourd’hui le «facteur psychologique s’est complètement renversé», beaucoup d’entrepreneurs ont retrouvé le moral. (hausse de la bourse, etc).
En approfondissant la situation globale, elle est tombé d’accord avec moi sur le fait qu’objectivement, rationnellement, les choses ne vont pas sensiblement mieux qu’il y a quelques mois, et que la crise actuelle promet d’être longue.
Elle fait toutefois une distinction très intéressante entre plusieurs catégories d’entrepreneurs qui sont dans des situations très différentes.

  • Beaucoup de clients «ML», à savoir ceux qui dès leurs premiers profits se sont précipités pour s’acheter un gros 4*4 au lieu de réinvestir, et qui souvent n’ont pas écouté les conseils de prudence et de bonne gestion qui leur ont été prodigués, sont dans des situations désespérées, l’espoir de redressement est infime…
  • Une autre catégorie à la peine est celle, assez nombreuse, des entrepreneurs qui, ayant très bien réussi, (société rentable, forte croissance…) ont commencé avant la crise à «s’ennuyer», et ont décidé de se lancer dans de nouvelles activités, totalement nouvelles pour eux. Un grand nombre d’entre eux ont été violemment frappés par la crise.
  • Et enfin, les entrepreneurs dont les sociétés vont bien. Il s’agit de battants qui qui ont un projet clair et qui même actuellement conservent une activité rentable et en développement. Les fonds européens jouent visiblement un rôle très positif, et visiblement il existe de beaux projets au niveau agroalimentaire (abattoirs) à Cluj, ce qui est une excellente nouvelle car la Roumanie a grand besoin de renforcer ce secteur. Le fait que les gens aient besoin de manger quoi qu’il arrive est assurément un élément qui donne de la «visibilité» de long terme nécessaires pour les gros investissements, visibilité qui selon moi fait défaut dans beaucoup d’autres secteurs, décourageant les demandes de fonds européens quand cela impliquer de s’endetter à moyen ou long terme pour la part de co-financement du demandeur…

Et en tout état de cause, le discours des banques est désormais d’enjoindre à leurs clients d’oublier l’année 2008 concernant leur politique de crédit, on est désormais revenu à la tendance du début des années 2000, au cours desquelles les banques accordaient certes des crédits, mais avec mesure et lucidité…