2 août 2011

La macroéconomie est l’une de mes marottes, et je peux vous assurer qu’un grand nombre de signes clairs indiquent que l’inflation fait, hélas, progressivement son grand retour…
La hausse régulière de l’or, dont la valeur en dollars a été multipliée par près de 6 en 12 ans ne dit pas autre chose, les monnaies papier se déprécient, elle permettent d’acheter de moins en moins de choses… alors que la valeur des choses appréciée en or est beaucoup plus stable sur longue période…
La situation n’est pas prête de s’améliorer, quand on voit (d’un coté de l’Atlantique) que le nouveau plan de sauvetage de la Grèce (quelle est l’efficacité des plans de sauvetage si il faut les «enquiller» les uns après les autres ??) va permettre grâce à une structure adhoc de racheter des titres de dette déjà émise par les pays européens en grande difficultés (Grèce, Irlande, Portugal), en difficulté (Espagne, Italie, là on parle déjà de poids lourds…) ou qui vont vers les difficultés (France, dont l’écart de taux par rapport aux emprunts d’Etat allemands à tendance à régulièrement s’accroitre)…
Pour racheter ces dettes il va falloir créer de la monnaie, ce que (de l’autre côté de l’Atlantique) la banque centrale américaine a déjà fait deux fois à grande échelle depuis la chute de Lehman Brother, et qu’elle s’apprête sans doute à refaire sous une forme plus discrète…
Il n’y a pas de remède simple ; après les banques, ce sont maintenant les Etats qui ploient sous le poids de leurs dettes… difficile d’augmenter la fiscalité, ce qui tuerait le peu de croissante restante, donc il faut rajouter encore plus de dettes à trop de dettes… et vu à la fois l’impossibilité de rembourser et le risque que constitue la baisse brutale des dépenses publiques, «il ne reste qu’à créer de la monnaie» qui dévalorise chaque jour un peu plus la monnaie préexistante…
En Roumanie, les données de la banque centrale indiquent 7,93 % d’inflation sur les 12 derniers mois… (chiffres officiels…) et le phénomène est visiblement général au niveau des pays émergent, l’Inde étant par exemple selon les dernières données disponibles à 8,72 %… (et c’était même encore bien pire les mois précédents).
Dans la zone Euro, on est à 2,7 % ce qui semble raisonnable, mais près de 50% au dessus de l’objectif de la banque centrale européenne, qui vise un chiffre en dessous des 2 %.
Aux USA aussi l’inflation commence officiellement à réapparaitre, sachant que si l’on fait le calculs avec l’ancienne méthode, en vigueur jusqu’en 1990, les résultats dépassent largement les 10 % d’inflation en rythme annuel… c’est vertigineux… (voir l’excellent site shadowstats…)
En effet, les officiels préfèrent calculer une inflation n’incluant pas les variations des couts de la nourriture ou de l’énergie, qui effectivement n’affectent que ceux d’entre nous qui ont besoin de se nourrir et de déplacer/chauffer, donc une infime minorité d’entre nous… 😉
A ce propos, les révolutions en Afrique du Nord ont certes été encouragées par le besoin légitime de liberté des populations locales, mais on notera aussi que des pays comme l’Egypte, la Tunisie, la Lybie, etc importent une très large partie des denrées agricoles qu’elles consomment, (donc très peu d’autoproduction) et la flambée récente des prix a assurément contribué à renforcer l’exaspération, voire le désespoir des populations…
Dans notre domaine, qu’en est il ?
Et bien vous vous en doutez, nous ressentons très fortement les effets de cette inflation, d’autant que celle ci se présente à plusieurs niveaux ;

  • D’une part l’inflation générale, le cout de la vie augmente, tout simplement…(n’importe quelle personne qui fait régulièrement les courses, dans n’importe quel pays, voit les prix monter sensiblement au fil des mois…)
  • D’autre part, une pression spécifique, due comme indiqué plus haut aux pénuries de personnel informatique et à l’instabilité de pays nearshore, notamment francophones. Pour assurer les projets qui ne se font plus là bas, les grosses SSII ou importants éditeurs de logiciels doivent embaucher en urgence en Roumanie, et comme la ressource n’est pas extensible, les salaires explosent, on entre dans une course au débauchage entre structures concurrentes…

Tout ceci pousse bien évidemment nos coûts à la hausse, de même que notre turnover, et pour retenir un noyau de personnes à la valeur incontestable nous sommes obligés de suivre le mouvement à la hausse des salaires, faute de voir notre structure déperrir.
D’où une inévitable tendance à la hausse de nos tarifs, qui correspond de toute évidence à une tendance générale, voire mondiale.
Nous avons tout de même, a priori, deux avantages par rapport aux structures de «développement pur». En effet, les coûts explosent tout spécialement au niveau des programmeurs expérimentés et diplômés de formations très précises, lesquels étaient de toute façon chez nous de plus en plus minoritaires, de par notre organisation.
En effet, d’une part les profils que nous employons sont à la base très diversifiés, programmateurs, mais aussi intégrateur, graphistes web, flashites, coordonnateurs de projets (pas forcément de formations techniques), référenceurs, etc…
Et d’autre part, notre générateur de site web, couplé à une administration modulaire puissante, permettent d’atténuer sensiblement l’impact de l’explosion du coût de la main d’oeuvre. Nous comptons d’ailleurs continuer à développer progressivement les fonctionnalités de notre générateur.
Et ce n’est pas tout. Si les grosses structures recherchent des programmateurs expérimentés et «labellisés», les structures comme les notres ont entrepris de rééquilibrer le marché de la création de sites web en y faisant entrer de nouvelles populations, à la fois de programmateurs débutants, mais aussi des autodidactes en vertu du principe de pépinière, et également en fidélisant une poignée de freelance avec lesquels nous collaborons de manière de plus en plus fréquente sur les domaines ou ils disposent d’une expertise pointue (en vertu de notre logique de spécialisation – relative – des personnes)
Et pour clore notre «plan de réaction», il nous faut aussi être plus créatifs au niveau commercial, pour toucher de nouveaux clients, spécialement dans les zones ou nos clients actuels ne sont pas présents…
Enfin, il est clair que les choses bougent vite, la situation me rappelle beaucoup celle de mi 2008, pendant laquelle la pression sur les salaires était très forte, avant que le crash boursier ne fasse l’effet d’une douche froide généralisée… Nous saurons bientôt si l’histoire se répète (ce qui ne me surprendrait pas du tout…)