29 juillet 2019

A force d’accumuler les taux de croissance enviables (entre 3,4 et 7 % par an ces 6 dernières années), l’économie roumaine s’est transformée en profondeur.

Beaucoup d’investisseurs se sont installés, y compris pour des fonction stratégiques, comme la conception (par exemple le centre d’ingénierie du groupe Renault en Roumanie).

Mais au delà des grands noms familiers de l’industrie, comme Dacia, Michelin, Saint Gobain, etc et même si l’industrie représente 25 %de l’emploi, contre 15 % pour la moyenne européenne, le pays est de plus en plus, suivant la tendance générale, un pays de services, de tertiaire.

Ainsi les principaux apporteur de devises sont les secteur du transport – les chauffeurs roumains sillonnent l’Europe – et bien sûr l’informatique qui a développé son prestige et donc une forme de branding de l’IT roumain. L’immobilier tient aussi un rôle majeur dans la transformation du pays, avec la multiplication de locaux beaucoup mieux adaptés aux activités modernes, tout spécialement les activités tertiaires.

Explosion du développement des grandes villes

Les (très) grandes villes roumaines (Bucarest, Cluj-Napoca, Timisoara, Iasi, Brasov, voire Constanta et Craiova) accaparent l’essentiel de la croissance du pays, tant au niveau économique que démographique.

Elles sont hyper connectées à l”économie globalisée, grâce à un internet très performant : selon le classement « Broadband Speed League 2018 », la Roumanie réalise la 5eme meilleure performance mondiale pour la vitesse de son réseau. Et les grandes villes sont aux premières loges.

Ces grandes villes concentrent l’essentiel du potentiel universitaire et de recherche, l’essentiel aussi des dessertes aériennes, et ce sont les principaux centres de décision.

Du coup, les prix de l’immobilier n’ont plus grand-chose à envier à ceux de leurs consœurs d’Europe de l’Ouest.

Un tel niveau de polarisation est indéniablement un défi pour l’avenir du pays qui devrait s’efforcer de rééquilibrer son développement.

Attractivité du foncier dans des villages

Quand ils sont un peu éloignés des grandes métropoles, les villages attirent de plus en plus les acheteurs étrangers par les prix très compétitifs des maisons et terrains environnants.

Grace à des investissements réguliers depuis plus de dix ans, les infrastructures s’améliorent progressivement ; rénovation des routes secondaires, adduction d’eau potable voire de gaz, et de plus en plus canalisation des eaux usées. Certes il reste encore des choses à faire, y compris au niveau de l’internet.

La collecte des déchets ménagers passe elle aussi progressivement aux standards du tri et du recyclage.

La population rurale est accueillante, ouverte, voire curieuse, quand elle est en contact avec des personnes de culture proches, donc très compatibles. Et l’arrivée de nouveaux habitants représente un supplément démographique bienvenu pour renouveler une population qui sinon aurait tendance à vieillir.

Il est donc logique de voir s’installer ici de plus en plus d’autonomistes et autres permaculteurs en tout genre, comme par exemple l’équipe de l’Ermitage Malin, projet associatif belge très intéressant ;

A la campagne, la vie “à l’ancienne” a beaucoup d’avantages. Entraide et débrouillardise sont des ressources quasi inépuisables. Grâce au bouche à oreille, de nombreux problèmes trouvent vite une solution, parfois inattendue…

Fiscalité douce pour petits entrepreneurs

Sans même parler des allégements sectoriels sur l’informatique (que certains commencent à contester) ou plus récemment dans la construction (qui a entraîne une explosion de l’activité), la fiscalité roumaine sur les entreprise, y compris les plus petites, les microentreprises, reste tout à fait raisonnable.

La taxation d’un faible pourcentage du chiffre d’affaire apporte une simplification bienvenue, en permettant au fisc local de rediriger l’essentiel de ses ressources au contrôle des grands groupes et de leurs prix de transfert, pour limiter les abus de l’offshore.

En fait, même si la fiscalité des salaires est très conséquente et disqualifie la Roumanie comme pays offshore au plan fiscal, la taxation plus que raisonnable des entreprises est sans comparaisons avec celle la France, comme me racontait récemment un nouvel arrivé. La bas l’Etat prend 70 % des gains des petits entrepreneurs, et il faut en plus courber la tête devant les fonctionnaires, alors même qu’on arrive pas à savoir clairement ce que l’Etat fait de tout l’argent qu’il vous prend… c’est le fameux « où passe le pognon ? » qu’on a beaucoup entendu et qui a tant dérangé ces derniers temps. Une chose est sûre, là bas l’argent ne passe pas dans le remboursement des dettes, et a contrario la Roumanie, avec un ratio dette publique sur PIB de l’ordre de  35 %, fait figure de bon élève sur ce point. C’est en effet très en dessous des critères de Maastricht, à 60 % du PIB. Et clairement en dessous de la moyenne des dettes publiques en zone euro. (81 % du PIB au dernier pointage).

Un possible rééquilibrage monétaire à venir

La Roumanie a besoin d’exporter… pour l’instant la priorité est accordée à la hausse du niveau de vie, qui aide à fixer la population, mais vu le déficit conséquent et croissant de la Balance des Paiements, à terme la devise locale (que les roumains ont pour l’instant conservé) aurait intérêt à baisser, et risque d’y être contrainte, ce qui renforcerait la compétitivité prix du pays. A suivre donc avec une grande attention, d’autant que l’adhésion à l’Euro, planifiée depuis longtemps, ne cesse d’être reportée aux calendes… grecques…

 

En conclusion, rien n’est immuable, mais les contour du paysage économique roumain sont de plus en plus clairs. Et même si les politiques locaux peuvent faire des erreurs, on est pas encore dans la logique de l’Europe de l’Ouest où la complexité étouffe la plupart des initiatives, et où, de ce que j’entends des entrepreneurs de là-bas, tout ce qui n’est pas explicitement permis pourrait fort bien s’avérer interdit.

A vrai dire l’économie roumaine avance sur deux jambes. Ses forces qui sont indéniables (main d’œuvre, ressources, fiscalité, etc), mais aussi la sur-administration de certains pays qui font fuir une partie de leurs investisseurs et des entrepreneurs lesquels ne trouvent hélas plus leur place dans leur pays d’origine. En Roumanie aussi il existe une certaine dose de bureaucratie, mais au moins on observe un vrai débat public sur les moyens de la faire diminuer.