5 avril 2011

«Si je ne me trompe pas, je crois savoir que vous êtes originaire de Roumanie.
Je suis aujourd’hui à la recherche d’un partenaire roumain qui pourrait m’aider à recruter des ingénieurs roumains désireux de venir en France…»
Je cite tel quel le débit du message que m’a envoyé par l’intermédiaire d’un site de réseau social par le responsable d’une belle agence web française.
Tout d’abord, je note avec satisfaction que mon intégration en Roumanie est si réussie que certains pensent que je suis d’origine roumaine 😉
Ensuite, c’est l’une des nombreuses illustrations d’un phénomène qui prend de l’ampleur ces dernières semaines, la pénurie de ressources humaines dans le domaine de la programmation informatique et du développement web.
Il y a même eu des reportages sur ce phénomène à la télévision roumaine, et toutes les statistiques montrent qu’il y a en permanence beaucoup de postes à pourvoir dans le secteur des services informatiques et du développement logiciel.
Sur Cluj-Napoca et dans toute le Roumanie, pratiquement toutes les sociétés du secteur (SSII et agences web) essaient de recruter, à la fois pour faire face à une demande croissante (le pays étant de plus en plus reconnu), et pour compenser l’érosion de départ de salariés partis travailler chez les concurrents d’en face…
On assiste aussi à l’ouverture de nouvelles plates formes de développement nearshore, celles en place n’arrivant plus à faire face à la demande de croissance de la sous traitance informatique à laquelle elles sont confrontées.
Le phénomène n’est pas spécifiquement roumain, la Roumanie étant même plutôt en bout de chaine, mais subissant du coup de manière amplifiée les variations qu’enregistre le secteur des NTIC de l’Europe de l’Est.
Sans rentrer dans le détail de l’analyse très bien développée par de grands concurrents, plusieurs facteurs se conjuguent pour créer une forte pression sur les ressources informatiques
– Le choc des révolution en Afrique du nord. La Tunisie est un important pays pour l’outsourcing francophone, et ce qui s’y passe a visiblement inquiété beaucoup de donneurs d’ordre NTIC… Dans un sens je pense que la Tunisie est relativement privilégiée, car ce que détestent le plus investisseurs et donneurs d’ordres, c’est l’incertitude, l’instabilité, or la révolution tunisienne a déjà fait plusieurs pas importants vers une démocratisation, tandis que dans d’autres pays ou peu d choses ont bougé concrètement, on peut avoir des craintes…
– Le fameux serpent de mer du creux de certaines générations en France, il y a eu des périodes ou trop peu d’informaticiens ont été formés, et chaque fois que l’économie repart, cette pénurie se fait sentir. Ce a quoi on peut ajouter un relatif désintérêt des jeunes français pour les filières techniques…
– Pour certains pays à démographie déclinante, comme l’Allemagne, on est sans doute même plus près du gouffre que du creux quand il s’agit de remplacer les personnes qui partent à la retraite…
J’ajouterais personnellement deux points qui accentuent la pénurie de spécialistes en programmation informatique et développement web :
– D’une part on note une certaine reprise économique en Europe de l’Ouest, et plus spécialement au Nord de celle ci (Allemagne,…) ce qui pousse la demande a la hausse, ceci d’autant plus que des projets repoussés en 2009 voire 2010 doivent finalement être lancés un jour. Certains secteurs, gros consommateurs de développements informatiques, vont mieux, au moins en apparence, je pense notamment au secteur bancaire, les banques françaises ayant affiché des profits significatifs pour 2010.
– La virtualisation accélérée de l’économie et de la société se poursuit à marche forcée, ceci d’autant plus qu’une période de crise pousse souvent aux remises en cause, aux réorientations. Or nous sommes de plus en plus consultés (certes aidés par le bon référencement de notre site sur ses mots clés) par des particuliers sans complexes, qui ont un projet de site qu’ils ont même essayé de formaliser en quelque chose se voulant un cahier des charges (même si le niveau de précision n’est pas forcément suffisant pour réaliser une cotation précise et ferme).
Pourtant, si on regarde lucidement l’économie mondiale, de nombreux nuages noirs s’accumulent, à commencer par le sur-endettement croissant des Etats, un pétrole dépassant des 100 $ le baril, une forte création monétaire (qui va s’amplifier avec le rapatriement par le japon des dollars placés en bon du trésor US), etc
Pour revenir au phénomène actuel, il est clair que pour beaucoup d’entreprises occidentales, l’herbe est plus verte en Roumanie, et nous devons donc gérer des tensions sur les ressources.
Notre stratégie comporte plusieurs niveaux ;
1 – D’une part fidéliser les personnes présentes chez nous, spécialement celles qui ont un potentiel. Bien souvent une personne va être tentée de partir lorsqu’elle s’ennuie, a l’impression de tomber dans la routine. D’un autre coté, beaucoup de personnes n’auront pas non plus spontanément tendance à se remettre en cause, même si leur emploi du temps professionnelle leur laisse du temps libre (l’été, notamment).
Dans ce contexte, l’entreprise doit proposer suffisamment de possibilités d’évolution aux salariés pour que ceux-ci puisse évoluer dans la dimension qui leur correspond le mieux. Et dans ce domaine nous avons beaucoup progressé ces derniers temps. En effet, traditionnellement, la principale possibilité pour les opérationnels consistait à être promus coordinateur de projet… ce qui était loin de tenter tout le monde. Outre le changement de la nature du travail, apparaissaient une crainte sur les aspects relationnels du travail (contact avec les clients, instructions a donner à des collègues autrefois «égaux»). A cela s’ajoute la nécessité d’une bonne maitrise de la langue française à l’écrit.
Or aujourd’hui, les possibilité d’évolutions se sont multipliées ;
– Création des fonctions d’expert techniques, pour le graphisme, l’intégration, etc. Les experts techniques restent dans le domaine qui leur est cher, en l’approfondissant. Ils forment (notamment les nouveaux) qui ont des lacunes techniques, favorisent la diffusion des nouveauté et l’innovation, font évoluer les méthodes de travail, assurent une veille sur les nouveautés…
– Travail sur notre framework/générateur de sites web ; Ceci nécessite l’implication approfondie d’un programmateur bien sur, mais aussi d’un intégrateur.
– Enfin, pour les opérationnels qui n’évoluent pas hiérarchiquement, il existe la possibilité de les faire évoluer de projets simples vers des projets plus complexes. Une graphiste pourra réaliser d’abord des sites vitrines, puis passer à des sites de vente en ligne, qui nécessitent un travail plus complet. Un intégrateur ayant fait ses preuves aura aussi la possibilité de réaliser aussi des taches de programmation PHP simples. Et surtout, un intégrateur parvenu à un bon niveau de qualité et rapidité de travail avec notre générateur de sites internet aura la possibilité de réaliser aussi des sites sur des CMS ou Solutions E-commerce open-source de plus en plus complexes… (je reviendrai sur l’augmentation sensible de la part des CMS dans notre activité dans un prochain post).
2 – Garder les gens, et les faire progresser est l’idéal, mais ce n’est pas toujours possible, et de toute manière un minimum de rotation et d’apport de sang frais est nécessaire. Nous sommes de plus, depuis peu, confronté au débauchage de salariés qui sont «chassés» par la concurrence, sans même avoir réalisé la moindre démarche pour contacter une autre société.
En parallèle, on remarque en Roumanie un fossé grandissant entre d’une part les spécialistes en informatique (programmateurs,…) dont salaires et conditions matérielles sont très au dessus des salaires moyens du pays (ce qui d’ailleurs limite beaucoup la tentation de l’exode vers les pays plus prospères), et progressent, et la situation matérielle et professionnelle de jeunes, souvent diplômés (de sciences humaines par exemple), mais qui trouvent peu d’opportunités d’emploi décentes…
Si on ajoute à cela le fait que les personnes débauchées avaient un diplôme dans le domaine du développement informatique, cela nous conduit à renforcer notre politique de pépinière, qui ces derniers temps donne d’ailleurs des résultats très encourageants.
En clair il s’agit d’intégrer des personnes ayant apprises par elles mêmes les bases de la création de site web, et montrant un réel potentiel et intérêt pour ce type de travail. Le fait de disposer d’experts techniques par discipline nous aide à les faire monter beaucoup plus vite en compétences.
3 – Par ailleurs, nous sommes conduits à gérer de façon beaucoup plus active un petit volant de freelance qui peuvent nous donner davantage de flexibilité.
En effet, il est de plus en plus clair (en écho avec le point 1) que nous devons nous concentrer sur un noyau de salariés performants, motivés, et stimulés (et vis a vis desquels les exigences sont en proportion). Mais face à l’impossibilité dans notre domaine d’anticiper les évolutions d’activité, parfois très brutales, et vu la baisse de flexibilité du marché du travail dans notre secteur, nous avons besoin d’une dose de flexibilité externe, grâce à des indépendants fiabilisés et fiables.
Ceci implique pour nous d’être en mesure de leur envoyer facilement des dossiers clairs qu’ils pourront traiter sans avoir à se poser de questions.
4 – Enfin, la conjoncture étant plus incertaine que jamais, nous devons conserver notre ouverture vis a vis de ceux qui voudraient revenir… ceci à condition qu’il aient retenu quelque chose de leur expérience précédente… 😉