26 octobre 2009

La Roumanie dispose de plus en plus d’une réputation méritée au niveau de l’excellent de ses développeurs, ses web-designers, et plus généralement ses spécialistes au niveau du secteur des NTIC.
Ce n’est bien sûr pas le seul domaine d’excellence du pays, on peut aussi citer par exemple le secteur automobile, qui a connu une remontée spectaculaire jusqu’à la crise, et qui limite plutôt bien les dégâts depuis, grâce notamment aux exportations de Dacia en Europe de l’Ouest qui ont explosé ces derniers mois…
Mais le pays a aussi, hélas, des point d’excellence négatifs…
Un des principaux, pour lequel le pays aurait toutes les chances d’obtenir une médaille si la discipline devenait olympique, est sa bureaucratie… dans ce domaine, on ne compte hélas plus le nombre de champions du monde, et autres nobélisables, dès lors que la discipline apparaitrait dans les palmarès… 😉
Une anecdote révélatrice, elle ne date que de quelques jours…
Mon amie et moi avions acheté fin 2006 dans un village juste à la sortie de Cluj Napoca un terrain (fragment d’ancien verger) sur lequel nous comptions à terme faire construire… Et du fait de divers aléas, le terrain est resté en l’Etat, et le restera sans doute encore longtemps… En l’entretenant un peu je profite au moins de fruits non traités et absolument délicieux (prunes, pommes, poires, raisin…)
Il existe en Roumanie un (modeste) impôt sur les propriétés. Au niveau des terrains agricoles, cet impôt me semble même trop modeste, car il ne dissuade pas les propriétaires de conserver des terrains agricoles même si ils ne sont pas travaillés, et ne rapportent rien. En fait ce pays semble s’obstiner à passer à coté d’un potentiel agricole pourtant considérable… mais c’est un autre débat, revenons à notre sujet…
Début 2007 j’avais fait la démarche (chronophage) de me déplacer à la mairie de la commune pour notamment payer l’impôt dû ( 3 lei / an pour 1300 m², soit la somme considérable de… 0,7 euro…). J’étais heureusement tombé sur une employée de mairie qui me semble a postériori pleine de bon sens. Comme je lui ai dit que je n’avais pas de temps à perdre pour venir tous les ans, aux heures de bureau, payer cet impôt très minime, elle a accepté un paiement de 6 ron, pour que je sois, grosso modo, tranquille pour 2 ans, et «après on verra», d’autant que j’envisageais de faire construire…
Cette année, passant par chance (ce qui est très rare, je revenais d’un déplacement) devant la mairie en question pendant le créneau précis ou elle était ouverte, (en gros les matinées de semaine…) je m’arrête pour payer mon dû pour, disons, les 3 années à venir…
Je trouve dans le bureau de la caisse 3 dames désœuvrées, qui me disent au départ que je suis à jour de paiement, puis en regardant mieux, elle découvrent que je dois acquitter une «taxe spéciale» de 1 ron…
Voici en gros le dialogue avec ces dames :
– Je souhaite verser 10 RON, pour être tranquille quelques années…
– C’est tout a fait impossible, vous devez venir chaque année pour payer votre dû…
– Mais l’année dernière, à cette même mairie on m’a laissé payé pour (environ) 2 ans, sans problèmes !?!
– C’est impossible, vous avez du vous tromper de date !
– Pas du tout, vous pouvez vérifier. Et je n’ai ni la possibilité ni m’envie de m’absenter du travail tous les ans pour venir payer cet impôt dérisoire…
– Comment, mais vous ne pouvez pas demander une autorisation d’absente pour venir ? (à Apahida, à environ 15 km de mon lieu de travail, dans des conditions de circulations bien souvent pas évidentes en journée…). De toute façon nous ne savons pas encore à combien se montera l’impôt pour l’année prochaine (nous sommes pourtant en octobre…). Peut être que l’impôt va augmenter, … ou peut être qu’il sera ramené à 0… (ces gens ont de l’humour, même si c’est involontaire…).
– La somme précise importe peu, je vous laisse une somme qui doit couvrir le coût de l’impôt pour 2 à 3 ans, c’est de l’argent gratuit pour la mairie, de la trésorerie, du cash… c’est cadeau…
– C’est impossible, les textes de lois ne nous permettent pas d’encaisser par avance des sommes sans bases précises…
– Bon, très bien, alors je souhaite faire une réclamation écrite
– Mais puisqu’on vous dit que la loi est comme ça !?
– Je comprends, je n’ai rien contre vous personnellement, mais si la loi est stupide ne serait il pas logique de la changer ? D’où ma réclamation de principe…
– Franchement, vous êtes bien la première personne à essayer de payer en avance… notre problème est bien plus au niveau de tous ceux qui ne payent pas à temps…
Et effectivement, si les gens ne payent pas des sommes d’un si faible montant, toute relance coutera proportionnellement trop cher… et donc les mairies ont (spécialement en période de crise) du mal à faire rentrer l’impôt sur les propriétés, dans un pays ou l’inexistence de chèques gratuits et la qualité très aléatoire des services postaux rend préférable de se déplacer, donc de perdre beaucoup de temps en formalités diverses (toujours aux heures de travail, presque toujours sur des créneaux étroits et non affichés sur internet)…
Pourtant, dès lors qu’il serait PERMIS de payer en avance, les personnes de la mairie pourraient le proposer de manière assez systématique («nous sommes en fin d’année, vous ne voudriez pas régler une somme équivalente pour être grosso modo à jour pour l’année prochaine ??»).
Ce serait d’autant plus utile que beaucoup de mairies sont déjà au bord de l’asphyxie financière, frappées de plein fouet par la baisse en nombre et en valeur des transactions immobilières, lesquelles généraient jusqu’à l’an dernier un montant de taxes conséquent.
A noter par ailleurs que la rue du village ou je possède un terrain (lequel est entouré de maisons d’habitation) ne possède toujours pas de tout à l’égout… Union Européenne donne beaucoup d’argent pour ce type de projets, mais la mairie doit apporter au moins un modeste co-financement, ce dont je ne suis pas sûr qu’elle soit capable… les actuels fonds d’adhésion ont succédé à d’autres fonds dits de pré-adhésion, mais cette rue d’une bonne cinquantaine de maisons (donc de familles), et même en fait tout le village de quelques milliers de personnes ne possède ni tout à l’égout, ni routes goudronnées, mais bénéficie en revanche d’une proche décharge à ciel ouvert qui aurait dû être fermée au plus tard il y a de mémoire, 7 ans…
Pendant disons la vingtaine de minutes durant lesquelles je me suis trouvé dans le bureau des encaissement de la mairie, je suis resté seul avec les 3 caissières (ou peut être plutôt deux caissière et une chef des caissières ?). Les mairies n’ont pas d’argent mais elles ne manquent pas de personnel, il faut dire que l’Etat leur impose des structures de personnel prédéterminées… donc d’un coté leurs ressources baissent, mais d’un autre côté les mairies n’ont pas de latitude dans la gestion quantitative de personnel… imaginez la situation explosive… dans certains département le majorité des mairies ne peuvent déjà plus faire face à leur obligations, et se tournent vers l’Etat, qui est leur dernier recours…
Oui mais voilà… le gouvernement vient de tomber, renversé par le parlement… la quasi totalité des partis s’est mise d’accord sur une solution de crise, la nomination d’un cabinet de technocrates emmené par premier ministre indépendant, le maire de Sibiu issu de la minorité allemande, adulé dans la ville qu’il gère avec efficacité, puisqu’il à obtenu un troisième mandat avec 88% des voies alors qu’il ne reste quasiment plus d’allemands à Sibiu et en Transylvanie en général… grosso modo cette solution est soutenue par les 2/3 des parlementaires, mais le président actuel a préféré désigner comme premier ministre un expert financier, à la tête d’un cabinet «politique» comptant de nombreux ministres issus du parti présidentiel, qui est certes le plus nombreux du parlement, mais qui est clairement minoritaire…
Bref les choses semblent durablement bloquées, au moins jusqu’aux élections présidentielles…
Ceci pourtant alors que l’Etat ne peut pas recevoir la prochaine tranche du FMI, dont il a un besoin impérieux, sans la nomination d’un nouveau gouvernement…
Une chose est sûre, faute de gouvernement désigné, aucune des réformes dont le pays a un besoin urgent n’avance… Triste constat à bientôt 20 ans de la révolution roumaine…
A titre de conclusion je citerais juste de mémoire une récente citation de l’homme d’affaires qui selon Forbes possède en 2009 la plus grande fortune de Roumanie, M Dinu Patriciu : Si la Roumanie ne se libère pas rapidement de son étouffante bureaucratie, elle va droit au cimetière…